
Tiens, de la compagnie. Je m’attendais bien à quelques rencontres au fil de cette nuit du 24, au hasard des rues. Laissez-moi deviner ce qui vous amène par ici : vous fuyez Noël. Vous avez marché, longtemps, sans autre but que de fuir les bars bondés, les lumières artificielles si agressives quand on refuse de fermer les yeux, les éclats de cette gaieté forcée qui vous fait violence. Vous n’oubliez pas le conte, et savez que Noël ne sauve pas tout ni tout le monde, ne sauve pas les petites filles. Au fond de votre poche, poing fermé, mains glacées, vous serrez un paquet d’allumettes ou un briquet, et quelques autres babioles peut-être, un pauvre caillou percé, une plume de geai ou de corbeau. Gardez-les précieusement. Et voyez ce que j’ai apporté de mon côté, de quoi passer la nuit – pas comme on passerait le temps, mais un seuil. Puisque les enchantements de Noël sont noyés pour nous sous le flux irritant des jingles commerciaux, je vous propose de chercher dans les rues une autre magie, loin des sapins déguisés, de guetter d’autres créatures que le barbu rondouillet, d’autres couleurs que le rouge criard. J’ai amené quelques pistes, donc, et une histoire pour la veillée.
L’histoire nous vient d’un conteur de l’autre monde et du nôtre, Charles de Lint. « L’hiver était rude », nous dit-elle, et c’était le solstice. Et une jeune femme nommée Jilly erre à travers la cité, l’esprit plein de souvenirs d’une rencontre magique, à l’écoute d’un chant qui ne résonne qu’à la nuit tombée, dans les rues désertées…
Chercher les signes, les porter
« Elle pouvait presque voir Babe, adossée nonchalamment contre la vieille Buick qui était toujours là, vêtue de son T-shirt en lambeaux, de son justaucorps sombre et de son imperméable, le noir des Doc Martens se détachant sur la neige à ses pieds. »
// Tee-shirt A Little Lunacy, par Jennifer Williamson
Je ne sais pas, vous, mais j’aime porter mes allégances sur le dos, bien visibles. Et pour trouver ce que nous cherchons cette nuit, il faut faire plus encore : se découvrir, s’exposer, accepter d’avance le danger de certaines rencontres. C’est une folie, oui, et nous nous vouons à la lune, aux mystères qui se font sous ses flux et ses influx. Voilà pourquoi, en dépit du froid, je n’ai pris ce soir que ce tee-shirt « A Little Lunacy », créé par les étranges individus du Black Phoenix Alchemy Lab…
(Disponible auprès de Black Phoenix Alchemy Lab)
// Médaillon Tears of Luna, Linda Ravenscrof Secret Scents Collection
Toujours l’hommage rendu à la Lune, avec ce médaillon à l’ancienne inspiré par une œuvre de l’artiste Linda Ravenscroft. Couleurs lunaires, touche d’argent glacé, fragrances de vanille et de nag champa : qui sait quels souvenirs oubliés ce parfum pourrait bien réveiller, ou quelles attentions il est susceptible d’attirer…
(Disponible auprès de Mystic Memories)
// The Fairytale Tarot, par Karen Mahony & Alex Ukolov
Et puisque nous voilà un brin paumés, dans les rues, dans la nuit (dans nos vies ?), c’est le moment ou jamais de suivre la voie du Tarot, en même temps que la voix des conte. Ornée des illustrations d’Alex Ukolov, le Fairytale Tarot a voulu conjuguer le symbolisme des cartes aux sagesses soufflées par les contes de fées du monde entier. Pour qui a maintes fois lu, relu, aimé ces histoires jusqu’à les intégrer à sa mythologie personnelle, il offre ainsi une approche très intime du tarot ; et pour les moins experts, le livret conçu par Karen Mahony rappelle la teneur des récits, et suggère quelques utiles clés de lecture. Une autre, belle façon de vivre le conte…
(Disponible auprès de Magic Realist Press)
Entendre les chants, pour prendre la clef
« Elle pouvait presque entendre les voix aigües et voilées des autres gemmin, chantant une version inquiétante d’un rap, populaire à l’époque. »
// Musique du Crépuscule, par Les Fragments de la Nuit
Les Fragments de la Nuit porte tellement bien son nom. De Rondes de fées en chants d’Ombres, les mélodies de ce quintet résonnent dans l’air comme une musique étrange, descendue sur le monde avec les rayons de la lune. Portées par ces notes, des images viennent nous danser à l’esprit, mélancoliques, irréelles, évanescentes. D’autant plus évocatrice qu’elle a souvent été conçue comme bande originale de films, une musique pour nous autres qui aimons rêver à la lune…
(Diffusé par Equilibrium Music)
// Le Monde de Faerie, par Brian Froud
De tous les artbooks de ce grand portraitiste de Fairyland, c’est définitivement celui qui m’a le plus touché. Une approche de son parcours à cœur ouvert, au cœur de l’art et de la relation intime au monde féerique. Pour comprendre, à travers les secrets de la création et les clefs dévoilées des symboles, comment un univers personnel en vient à s’imprégner de ce contact avec les Bons Voisins. Une démarche inspirée, et inspirante – et cette étincelle qui s’est allumée dans le regard au cours de notre plongée dans le monde de Froud, elle aura peut-être bien des choses à nous révéler autour de nous…
(Disponible auprès des éditions Fetjaine)
Invoquer le seuil, l’évoquer
« Un flot sans fin de créatures féeriques s’échappait de son chevalet et de son carnet de croquis, se créant de nouveaux foyers dans des ruelles isolées, dans les parcs de la ville, sur les quais près du front de mer ou dans les voies tortueuses de Lower Crowsea. »
// A l’Orée sombre, par Elisabeth Ebory
Les seuils, Elisabeth Ebory les connaît bien. Comme les douleurs qui nous poussent parfois à franchir certaines frontières au terme de nos errances, urbaines ou intérieures, et tout ce que l’on peut trouver de l’autre côté. Et elle nous passe ses messages, ses images de neige tombée et d’âmes en chute, à travers une belle musique de plume, une vraie magie de l’encre – on tombe sous le charme, irrésistiblement.
(Publié par les éditions Griffe d’Encre)
// Carnet « Dragon noir », série les Irréelles, par Jessica Ollivaud
Ah, mais les heures de la nuit s’égrènent, et nous ne les avons pas senti passer. Peut-être toutefois avez-vous vu filer quelque chose, du coin de l’œil, un mouvement fugace dont vous auriez l’envie de fixer tout de même le souvenir, avant que le charme de l’instant ne se dissipe et que vous ne vous persuadiez d’avoir rêvé. Les passants comme vous et moi aiment trimballer des carnets dans l’espoir de rencontres de ce type ; et ma faveur du moment va à ces Iréelles sorties de l’imagination de Jessica Ollivaud, toutes en courbes noires, couleurs de plumages ou de feuillages, qui ornent cette année la collection spéciale de Clairefontaine. Elles aussi pourraient peupler ces mondes que l’on entrevoit de nuit, au détour d’une ruelle…
(Créé par Jessica Ollivaud, trouvable en papeterie via Clairefontaine)
L’aube est proche désormais, permettez qu’à l’image de la Lune, je m’éclipse, et vous laisse savourer la magie particulière de cet instant. Je vous laisse sur une liste la trace de mes trésors, en espérant vous avoir fait partager un peu de ce qu’ils m’inspirent. Et merci pour cette nuit en votre compagnie !
Merci, toujours, pour la nuit.
« Vous avez vu de la vraie magie, avait-elle pensé en relevant la tête du carnet de croquis. Vous étiez la vraie magie. »
- INFORMATIONS
-Les citations sont tirées de la nouvelle de Charles de Lint « L’Hiver était rude » (traduction de Sandrine Jehanno, in anthologie Traverses, éditions de l’Oxymore, 2002)
-L’illustration d’introduction est de Brian Froud.
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J’adore ta non-hotte Hélène, il y a dedans 3 articles que je souhaite depuis longtemps. Quand au Black Phoenix Alchemy Lab, c’est simple j’ai envie de tout acheter chez eux! ^^’
J’ai déjà les livres évoqués dans cette hotte mais comme toi Anne il y a des choses qui me plaisent dans le Black Phoenix Alchemy Lab !
Je ne connaissais pas Black Phoenix Alchemy Lab! Mais le T-Shirt est génial, et le site aussi! :)
Intéressante et jolie liste, merci!
Yes, je suis complétement addict à ce Lab’, y a de quoi s’y ruiner en beauté(s) ; et même sans acheter, j’adore aller fouiner par là-bas, pour l’esthétique du site, le grain de folie, l’étrangeté et la classe des lieux :-)