
Voici l’histoire de la jeune Eco, qui s’ennuie ferme au cœur de l’empire des Schaklebott, maîtres couturiers et parents inaccessibles. Elle a beau mesurer, découper, piquer, rien de ce qu’elle peut coudre ou rapiécer pour obtenir un peu de leur attention ne trouve grâce à leurs yeux. Sa maigre contribution à l’activité familiale ne provoque au contraire que mépris et embarras. Alors la petite se forge son monde à elle, retranchée dans sa solitude. Mais un jour son père vient à lui confier une mission de la plus haute importance : délivrer à un client puissant trois petites poupées de tissu, confectionnées par leurs soins. L’occasion pour Eco d’en montrer à ses parents…
C’est sur une citation de Jack et le haricot magique que s’ouvre le premier chapitre de La malédiction des Schaklebott dont la trame se poursuit parallèlement au conte du célèbre tueur de géant. Comme Jack, qui doit assurer la survie de sa famille en allant vendre une vache au marché, Eco tient l’avenir de sa maison entre ses mains. Mais il n’y aurait pas d’histoire si tout se passait bien et, comme Jack, l’enfant rencontrera, chemin faisant, une figure âgée qui lui proposera quatre babioles sensément magiques en échange de sa livraison. Mais aucun haricot ne viendra apporter la fortune aux Schaklebott qui connaitront la ruine et la folie et maudiront la pauvre enfant. Heureusement pour elle, les dons de la vieille s’avèreront effectivement magiques, une magie dont la petite Eco aura bien besoin pour faire face à ce qui l’attend.
Après Billy Brouillard, la belle collection Métamorphose des éditions Soleil nous propose un nouveau bijou d’étrangeté. Eco est un de ces ouvrages, comme Coraline de Neil Gaiman, qui, en cultivant un goût pour le macabre au coeur d’un univers enfantin, s’adressent aussi bien à un public jeune qu’adulte. Dans un style simple et volontairement désuet, Guillaume Bianco tisse la trame de son histoire en employant les mécanismes du conte classique où le passage à l’âge adulte ne peut s’accomplir que par la séparation avec les parents, souvent entérinée par une intervention magique. Et c’est logiquement qu’il mène son héroïne à la forêt du Petit Chaperon Rouge avec tout ce qu’elle contient de symboles et de dangers, nous laissant ainsi aux portes d’un second volume à paraître. Comme le dit Kafka, cité en début d’ouvrage, « tout conte de fées est issu des profondeurs du sang et de la peur », Eco n’est ainsi pas à mettre entre de trop jeunes mains qui n’en comprendraient pas les subtilités ni n’en apprécieraient les côtés sombres.
Le visuel de Jérémie Almanza, d’apparence enfantine, est étrange et beau, heureux mélange – Si l’on devait le définir – entre les univers de Tim Burton et Hayao Miyazaki. L’architecture et les décors sont tortueux, éclairés par une lumière sublime pour une ambiance doucement colorée, tantôt rassurante, tantôt menaçante. Les personnages aux traits exagérés sont dodus ou anguleux et l’adorable petite Eco emporte notre adhésion sans peine. La tradition du conte européen se heurte ici à une illustration nouvelle qui renforce toute l’originalité du projet, qui se pare d’une direction artistique pleine de goût et de finesse. Le volume est superbe, plein de trouvailles scénaristiques et de détails graphiques charmants, à l’image de cette couverture aux tonalités chaudes et aux motifs très inspirés.
On en redemande, et ça tombe plutôt bien car les aventures d’Eco et de ses quatre compagnons magiques sont annoncées en trois tomes.
- NOTATION
- INFORMATIONS
-Guillaume Bianco (texte), Jérémie Almanza (Illustrations)
-Hard cover, Soleil production, Métamorphose, octobre 2009.
-72 pages.
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Il a l’air vraiment superbe ce livre.
Très alléchant! J’aime beaucoup les illustrations, l’histoire a l’air vraiment chouette. j’étais encore un peu dubitative mais ta chro achève de me convraincre! ^^
J’ai complétement craqué pour ce livre et l’ai lu d’une traite. L’histoire est originale, pleine de poésie et de tendresse par moment, même si l’ambiance est noire.
Le texte est simple et touche le lecteur tandis que les illus dégagent une atmosphère à la croisée des chemins entre Burton et Myasaki comme tu le dis Anne.
Bref j’ai adoré et recommande chaudement l’ouvrage (ainsi que les autres de la collection Métamorphose!)