
Après nous avoir enchanté avec sa vision du conte de Blanche Neige, Benjamin Lacombe a fait un pas de plus vers notre univers de prédilection pour nous proposer avec son compère de toujours -Sébastien Perez- une plongée en Féerie.
L’action se passe en Brocéliande où Aleksandr Bogdanovich, botaniste russe du cabinet scientifique de Raspoutine, a été dépêché pour enquêter sur les propriétés de plantes médicinales rares. Mais dans sa recherche d’un élixir d’immortalité pour le Tsar, Bogdanovich découvrira bien plus. C’est tout un univers de créatures inconnues liées aux plantes dont il fera la connaissance. Aussi vulnérables que fascinantes ces *fées* feront dans un premier temps l’objet d’une rigoureuse étude scientifique richement illustrée de planches botaniques et anatomiques, de dissections et de photographies. Puis peu à peu l’homme de science se voit happer par ces créatures douées de réflexion et son regard se transforme, percevant progressivement les voiles cachant ce petit peuple fantastique.Malgré une famille aimante l’attendant en Russie, Bogdanovich ne peut se résoudre à quitter les lieux de sa découverte ou bien même à en parler à Raspoutine. Et tel les héros de contes d’antan il disparait sans laisser signe de vie. Perdu en Féerie ou gagné par la folie…à vous d’en décider.

Pour moi il est certain que Féerie et Folie ne forment pas toujours deux propositions distinctes et que les portes de l’univers merveilleux s’ouvrent souvent à ceux qui perdent assez la raison pour se laisser transporter et inspirer par celui-ci.
Il est d’ailleurs certain que L’Herbier des Fées est un livre animé par cette inspiration, cette découverte de Féerie et qu’il souffle un air de nouveauté au sein des albums jeunesses traitant du même sujet. Le cadre historique apporte un degré supplémentaire de réalité. Les découpes laser et les calques participent au sens de l’histoire et tout dans l’objet livre est pensé pour apporter et non diluer le texte sous des effets de style superficiels.Cependant en passionnée de Féerie que je suis j’ai été un peu déçue. Si l’aspect carnet scientifique qui rappelle l’ambiance Cabinet de Curiosité de XIXe siècle est un élément dont je suis une grande fane, les plus grandes illustrations et certains aspects de l’histoire ne m’ont pas transporté. Je n’y ai pas retrouvé le merveilleux du sujet abordé et la voix originale de l’illustrateur. J’y ai, au contraire, trop retrouvé d’autres références, d’autres ouvrages, auteurs et illustrateurs. Je me suis dis « Rackham, Brian Froud et Terry Jones dans La Bible des gnomes et farfadets ou Le Livre des Fées Séchées. » Je me suis dis « James Jean, Tony DiTerlizzi dans Les Chroniques de Spiderwick ». J’y ai vu le cliché de la fée miniature aux ailes de fleurs ou de papillon qui est sans aucun doute devenu rédhibitoire…
Alors, bien évidement, ce n’est pas affreux en soit de faire penser à tant de talentueux artistes, mais la voix des deux auteurs s’en retrouve ici étouffée. Et l’amoureuse de Féerie que je suis est restée sur sa faim en se disant que, bien sûr, l’objet livre restait très bien réalisé mais qu’il lui manquait une voix propre pour qu’il sorte de l’ordinaire.
- NOTE
- INFORMATIONS
-Auteur : Sébastien Perez. Illustrateur : Benjamin Lacombe
-Harcover. Editions Albin Michel, Octobre 2011.
-50 pages
-Disponible en version numérique
-http://herbierdesfees.com/
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Très intéressante chronique !
Je te rejoins pour la déception – personnellement, j’ai eu du mal à y retrouver la patte Lacombe qui me plaisait tant, même si elle reste reconnaissable. Et le côté scientifique m’a pas mal dérangée aussi. Mettre la féerie en cage, ou sur table de dissection, très peu pour moi…
Le principe de la science ne me dérange pas, au contraire. Cela rappelle les cabinets de curiosités et l’époque ou tout était *décortiqué* (dans tous les sens du terme ^^°) afin de les comprendre. C’était un peu barbare certes, mais il fallait expérimenter et ouvrir pour voir!
Et je trouve cela rigolo de retrouver cette idée dans un livre car moi-même pour FD papier j’avais eu le même genre d’approche pour une section qui n’a jamais vu le jour faute d’illustrateur.
Enfin si ce livre là est plutôt décevant je conseille vivement le Notre Dame de Paris illustré par Lacombe toujours, qui pour le coup est une petite merveille qui se regarde sous tous les angles !