La Reine des Neiges, H.C. Andersen, Ch. Birmingham

par Anne

La reine des neiges, H.C. Andersen, Ch. Birmingham

Il y a des histoires, sans qu’on ne puisse rien y faire, qui nous tiennent. Comme ça. Par la gorge, par le cœur, par les tripes. Les contes ont cette forme particulièrement attachée aux symboles qui fait que le moindre élément qui les compose peut facilement vous hanter. J’ai, en ce qui me concerne, quelques obsessions de ce genre attachées au rouge et au noir, au sang et à la forêt, qui me poursuivent depuis toute jeune, me rendant fascinée par l’imagerie de Blanche Neige ou du petit Chaperon Rouge, à défaut d’en apprécier la morale.  Mais le bleu coupant de la glace, l’omniprésence immaculée de la neige, oublieuse et cruelle, le miroir, les roses, les chaussons, et le peigne… Je ne les ai rencontré qu’adulte. D’Andersen je ne connaissais que les infiniment tristes contes de La Petite Sirène et de La Petite Fille aux Allumettes, si profondément accablants que je n’avais peut-être pas eu l’âme de lire plus de récits de cet auteur, que dis-je, de ce poète Danois. Mais La Reine des Neiges s’imprima dans ma vie avec tellement d’à propos que je ne pu y redire quoi que ce soit, et en accueilli le froid et le chaud tout en même temps. La cruauté, et l’espoir.
Andersen était un finaud qui s’y entendait pour cacher bien des choses entre les lignes de ses contes, La Reine des Neiges ne fait pas exception et peut-être est-il le récit le plus mystérieux à cet égard. Je crois que si je l’aime tant c’est qu’il aide non seulement l’enfant à passer à l’âge adulte, mais aussi l’adulte à survivre à son monde. L’aventure de Gerda pour retrouver son tendre Kay enlevé par la reine des neiges est racontée de façon plus humaine et plus personnelle que le sont les contes classiques, renforçant notre attachement, mais s’accorde tout autant de symbolique que ses prédécesseurs, engageant à y revenir pour y trouver de nouveaux niveaux de lecture, y déceler des significations cachées.

La reine des neiges, Birmingham

Aussi sommes nous en droit d’attendre une illustration réfléchie du conte de La Reine des Neiges. Une illustration qui dépasse la surface lisse de la glace ou la magnificence des flocons.  Nous voulons du beau, oui, mais est-ce suffisant pour un tel conte ? Dans cette édition de 2007, Christian Birmingham nous offre une imagerie chaleureuse qu’illuminent la blondeur des cheveux de Gerda, la tendresse de ses yeux, son sourire confiant. Il illustre brillamment l’espoir, la persévérance et l’amour, réservant judicieusement ses visages figés de poupées Barbie, qui m’avaient fait horreur dans La Belle au Bois dormant, à son personnage de Reine glacée au regard inhumain porté sur le vide.  Chacune de ses apparitions est un ravissement tissé de flocons qui provoque des frissons de froid. Mais… Est-ce suffisant ? Pour beaucoup, oui, ce superbe album suffit à accompagner le non moins superbe conte d’Andersen. Pour moi, et pour d’autres peut-être, ce n’est pas assez. Il manque un quelque chose indicible qui relève du mystère et du symbole. Il manque la cruauté, peut-être. Il manque les morceaux du puzzle à assembler, image après image. Et pour cela, à la rédaction de Fées Divers, on préfèrera davantage l’album de Vladyslav Yerko, présenté ici par Clémence.

La reine des neiges, Birmingham

La reine des neiges, Birmingham

  • NOTATION
  • INFORMATIONS
    -Texte original de H-C Andersen adapté pour la France par Anne-Mathilde Paraf, Christian Bimningham (illustrations)
    -Hardcover, 30,5×25cm, Grund, 2007
    -64 pages
    -Epuisé, disponible dans sa version anglaise éditée par Candlewick Press

Publié le 26 décembre 2009

Un commentaire pour cet article :
  1. Aaaahh…la douceur, les douleurs de l’espoir et le coupant de la glace, ils hantent clairement ce conte et les cœurs qui s’y penchent.
    C’est vrai que cet album est moins symbolique que celui de Yerko mais les illustrations de Birmingham sont tout de même un vrai régal pour les yeux.

  2. Clémence le 7 janvier 2010
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