Alice – A travers le miroir, L. Carroll, Lostfish

par Anne

AliceTraversMiroir, Lostfish

Encore plus fou que le premier tome, encore plus absurde… On a souvent emprunté à ce A travers le miroir pour nourrir les adaptations de Alice au pays des merveilles (ce fut par exemple le cas du dessin animé de Disney et du film de Tim Burton), aussi est-ce toujours agréable de relire le texte intégral de cette suite, particulièrement parsemé de poésies loufoques, et bien moins souvent édité que son prédécesseur. On retrouve avec plaisir l’histoire du Morse et du Charpentier mangeurs d’huitres, celle du Gros Coco perché sur son mur, ou encore l’ombre du terrible Jabberwock, le tout sur fond d’une immense partie d’échecs où Alice est le pion de deux Reines pas comme les autres… Mais attention, ce A travers le miroir, vu par Lostfish, est pour les esthètes, pour les collectionneurs de beaux livres, et les complétistes de l’œuvre de Lewis Carroll. Pas pour les enfants.

Alice a travers le miroir-LostfishAlice a travers le miroir-Lostfish

C’est un objet étrange, un songe laiteux et déviant qui ramène subtilement un conte d’apparence innocente à la dimension sulfureuse de son auteur. On pense d’ailleurs assez vite aux photographies de la petite Alice Liddell devant les poses lascives et le visage frondeur du personnage de Lostfish.  Mélange de surréalisme, de doll art , de macabre, et de minauderies, l’imagerie maintient un équilibre subtile sans jamais tomber dans les clichés des styles sus cités. Malgré une palette très douce de crèmes, de roses, de rouges et de noir, elle évite le sucré et s’octroie les services d’une mise en page parfaite et de décors sobres et délicats qui font de cet ensemble un ouvrage fort digeste et caressant pour l’œil.  Ce tableau faussement innocent mais non moins délicat est complété par une préface un brin dérangeante de Trévor Brown, artiste subversif travaillant autour des domaines paraphiles.

Vous l’aurez compris, la collection Métamorphose des éditions Soleil nous livre un nouvel opus hors norme, épais et beau comme elle sait si bien le faire, qui va au-delà de l’exercice de style à la mode et ne peut qu’éveiller chez son heureux possesseur un certain questionnement… Mais surtout, nous avons là un trésor de surréalisme particulièrement bien illustré.

Alice a travers le miroir-Lostfish

  • NOTATION
  • INFORMATIONS
    Lewis Carroll (texte), Lostfish (Illustrations)
    Hardcover, Soleil production, collection Métamorphose, janvier 2011
    208 pages
    Feuilleter la preview
    Le site de Lostfish

Publié le 16 février 2011

12 commentaires pour cet article :
  1. [...] les yeux, disponible à la Fnac pour environs 30€ (petite review qui décrit très bien le livre ici ) et d’un livre sur le design, voire plus précisément sur les designers qui ont marqué le [...]

  2. Les dernières nouvelles, chaud devant ! | Dollicious.fr le 16 février 2011
  3. …Je ne sais pas si je suis la seule à réagir ainsi (peut-être que oui) mais… J’ai le coeur au bord des lèvres, envie de crier… « autour des paraphilies », mais on est complètement dedans, complètement dans la pédophilie, disons le mot. Il m’est impossible de ne pas y penser en voyant ces visages de (très) petites filles avec ces corps entre-deux et ces maquillages tellement sexualisés… On dirait les proportions qu’ont les visages de bébés (grosse tête, petite face, et même dans le rapport des volumes tête/corps). L’imagier et les codes SM pourquoi pas, mais pourquoi ces visages d’enfance ?

    Comme j’avais peine à y croire je suis allée voir la review, et j’ai la même impression, en pire. Je ne comprends pas la subversion (au sens de la rébellion contre un ordre établi ; ou alors c’est une rébellion contre l’interdit de la pédophilie ???), mais le sadisme me saute à la figure. Je ne suis plus une enfant depuis longtemps mais je travaille avec eux tous les jours, et certains d’entre eux vivent dans le réel ce cauchemar qui est ici tellement stylisé.
    Donc ceci n’est pas pour les enfants mais ce n’est pas pour moi non plus. Dès que je regarde ces petits visages tout rougis, je vois mes patients. Je vois leurs dessins, j’entends leurs larmes. Je vois le fantasme de l’adulte, les frimousses fardées, et le viol. C’est pour moi plus qu’un brin dérangeant, c’est insupportable.
    (Et je me souviens brusquement de la raison pour laquelle je n’avais pas pu lire le bouquin de Noirez plus de quelques pages, outre la très relative qualité de l’écriture (bref), la même ambiance ignoble affleurait dès le début, et il était question de Lewis Carroll si je me souviens bien. Ce doit être pour ça, finalement.)

    Bon voilà, pardon de cette intervention ‘pas du tout’ positive, mais j’avais besoin de le dire – et je me sens doublement perdue parce que je n’ai pas bien saisi le rapport avec les fées. Bon, peut-être que mon sentiment est biaisé, très biaisé, par ma profession de pédopsychiatre.

  4. Petitefa le 19 février 2011
  5. Fabienne, je comprends tout à fait ta réaction, ne t’excuse pas de l’exprimer. J’ai retourné longtemps cette chronique dans tous les sens parce que j’ai vraiment trouvé « l’exercice » de parler de ce livre délicat.
    J’ai compris ce livre de cette façon : pointer du doigt quelque chose présent dans l’œuvre de Lewis Carroll, quelque chose que je perçois, moi, comme malsain. Là dessus on est d’accord. Et je pense que ce livre arrive à illustrer ça sans pour autant retirer la magie qu’il y a dans « Alice au pays des merveilles » et « De l’autre côté du miroir ».
    L’oeuvre de Trevor Brown, je n’y adhère pas du tout (j’ai employé « subversif » dans le sens « hors des normes de la société ») et son introduction m’a dérangé, je l’ai d’ailleurs fait remarqué. Les visages juvéniles, ça fait partie du style de Lostfish qui est me semble-t-il très inspiré des bjd (ball jointed doll), auxquels on adhère ou pas mais dans l’ensemble du livre les personnages adultes sont différenciés du personnage d’Alice. Et, par contre, je n’y ai pas perçu de SM, de sadisme…
    Je pense vraiment qu’on a pas là une illustration contemplative, qui n’est là que pour décorer, je pense qu’elle est à mettre en regard avec le personnage qu’était l’auteur et avec les choses étranges qu’il a écrite. Pour moi ce livre provoque une réflexion à ce niveau, et il le fait subtilement : ça a l’air tout mignon mais on repère vite qu’il y a quelque chose qui cloche, ça se voit aussi dans les nombreux détails cachés dans les illus.
    Et il est ici car Alice est un conte moderne.
    Crois moi j’ai pas balancé la chro comme ça ;) Je ne sais pas si ma critique a réussi à exprimer la façon dont je ressens ce livre mais je comprends ton point de vu, même si je ne suis pas pédopsychiatre j’ai d’autres raisons de le comprendre. J’ai compris ce livre comme une façon de rappeler, au milieu de toutes les niaiseries qui sortent autour d’Alice, qu’il y a quelque chose de sombre là dedans…

  6. Anne le 19 février 2011
  7. Je trouve ça vraiment glauque, (pas) désolée.

  8. Fi le 20 février 2011
  9. Oui j’ai vu que tu avais fait bien attention à tes termes, à ta présentation, et tout. C’est vrai que c’est plus que délicat ; et ta chronique et ton commentaire confirment le soupçon que j’avais concernant Carroll, enfin, en quelque sorte.
    Je comprends la nécessité, artistique autant que psychique d’ailleurs, de compenser un peu la niaiserie ambiante en montrant les facettes sombres de cette oeuvre. Il est vrai qu’il y en a besoin. En fait, je pense que c’est clairement l’univers de Trevor Brown qui me choque beaucoup, et partant, l’imagerie et l’univers graphique de ces corps adultes sur des têtes d’enfants… Des BJD en fait, oui complètement. Elles me dérangeaient, je ne savais pas pourquoi, là c’est plus clair.
    Concernant le sadisme, je pensais en fait (c’est vrai qu’à force de jargonner au boulot on prend des réflexes) au stade sadique-anal de la première enfance, je disais sadisme au sens freudien donc, mais je ne l’ai pas du tout précisé. Le côté sombre est sans doute à chercher dans cette zone-là du développement du psychisme, plutôt que dans des choses très psychotiques (auxquelles certains passages d’Alice au pays des merveilles font vraiment penser, hallucinations, distorsions du schéma corporel, etc) ou dans des passages ultérieurs, plus oedipiens, plus fréquentés par de nombreux contes classiques (ah, merci pour la précision du conte moderne, au fait :) ).
    Oui, la critique avec ton commentaire sont éclairants pour moi, ce que tu as ressenti est bien posé, à lire les deux. :)
    Et tu sais quoi, j’y ai repensé cette nuit, ça m’a même éclairée sur le pourquoi de mon interruption d’abonnement à Elegy, qui fut mon bréviaire quelques années pourtant : je me suis souvenue que je ne supportais plus les portraits de ce style graphique, c’était pour moi un malaise, j’aurais mis du temps à comprendre les raisons de ce malaise.
    En plus (je fais long dis donc ^_^) je pense qu’il est important, comme c’est d’ailleurs relevé abondamment dans FD, de ne pas laisser de côté le côté obscur, ni de la Féerie, ni de l’inconscient. Simplement, la façon de l’aborder (par le filtre de l’écrit imaginaire ou par la brutalité, si on peut dire, de l’image non filtrée) diffère dans ses moyens et donc dans ses effets. Bref, une piste à creuser, il faut que je continue d’y réfléchir !
    Merci de ta réponse en tout cas :)

  10. Petitefa le 20 février 2011
  11. Voilà un livre qui fait réagir…Moi qui ne l’ais pas feuilleté en son intégralité vos commentaires me donnent encore plus envie d’y plonger le nez afin de m’en faire ma propre idée.
    Une chose est certaine c’est que l’œuvre de Carroll n’est pas aussi naïve qu’on veut bien le croire et mettre en évidence son aspect obscur et subversif poussera certains lecteurs à aller voir plus loin, à fouiller un peu plus en profondeur la vie de l’auteur pour remettre Alice dans un nouveau contexte.
    Après que l’on aime ou pas cette interprétation par Lostfish, c’est une autre question mais je trouve qu’elle a déjà le mérite de ne pas laisser indifférant et de provoquer un questionnement. Et ça c’est quand même quelque chose d’important!

  12. Clémence le 20 février 2011
  13. J’ai le temps de me poser un peu pour te répondre Fabienne (hier j’étais au taf) /
    Mon approche de l’oeuvre de Lewis Carroll est particulière. C’est une impression que je n’ai pas avec James Barrie à qui on le compare souvent (d’une façon que je trouve injustifiée que ce soit dans l’oeuvre ou dans la vie de l’auteur). J’ai découvert Alice gamine, ces deux bouquins le les ai lu très jeune, le dessin animé de disney etc.. Il y a un affect indéniable qui s’est crée, c’est probablement le cas de tout le monde d’ailleurs. Plus grande, j’ai lu au sujet de l’auteur, j’ai découvert les photos des gamines et, bien qu’il me soit impossible de rejeter l’oeuvre (que je trouve géniale), il m’est impossible de rejeter non plus le malaise. Pour moi, l’univers d’Alice est devenu clairement ambivalent tout comme l’approche que j’en ai. A tord ou à raison, c’est une question de ressenti personnel – et je sais que beaucoup de gens ne veulent pas y voir autre chose que le conte de leur enfance. Mais comme tu l’as souligné, ce n’est pas ce que nous faisons ici, sur ce site, dans la revue, entretenir les clichés ou bien se limiter à des aspect lumineux des choses, sécurisant oserai-je dire. Il y a une phrase que j’ai écrite dans la page « mission » de ce site : « le folklore féerique et le conte : une voie enchanteresse et terrifiante pour comprendre l’humanité », et là on est complètement dedans.
    Il y a aussi que je suis historienne de l’art de formation. La distance par rapport à l’oeuvre, je l’ai acquise, donc je suis en partie capable de regarder ici le travail de Lostfish (même si j’ai plus de mal avec celui de Brown – que je ne trouve pas à mon gout du tout et sans subtilité aucune) sans avoir immédiatement, pour reprendre tes mots, le coeur au bord des lèvres. J’en ai vu défiler des choses en art contemporain, glauques, macabres, bizarres, choquantes… Même si j’ai expérimenté le rejet total devant certaines oeuvres, j’ai appris à chercher plus loin, à réfléchir la chose, parfois même à trouver une intention que l’auteur n’y a peut-être pas mise. C’est devenu un réflexe, probablement comme toi avec la psychologie.
    Alors j’avais écrit des moutures plus personnelle de cette chronique, où c’était peut-être plus proches de mes commentaires, plus clair, mais je n’ai pas souhaité que ça le soit, finalement. J’ai souhaité sur le sujet garder une certaine distence, parceque c’était délicat pour moi qui suit un peu coupée entre deux ressentis. Maintenant je persiste à trouver ce bouquin bien fait, vraiment. Dans le sens où oui il m’a flanqué ce malaise, ou, oui il est trompeur comme l’oeuvre de Carroll, les illus, mises en regard du texte, sont révélatrices, tout en restant subtiles. C’est une publication que je trouve vraiment intéressante. A divers niveaux. Moi, elle m’a fait réfléchir. Elle a sa place ici.
    Après, concernant les bjd (et les illustrations qui en « dérivent »), je pense que ça ramène à la représentation japonaise de la femme, et même à la culture moderne de ce pays. Et c’est un autre débat ;)
    En tout cas j’espère t’avoir éclairée au mieux :)

  14. Anne le 20 février 2011
  15. Oui tout à fait, je lis avec attention ton commentaire qui apporte un complément très utile en balance avec la critique.
    Et je suis très intéressée par la question de la distance à l’oeuvre, en miroir avec la distance au patient (c’est drôle je ne l’avais jamais entendu ainsi), c’est une bonne piste de réflexion :)

  16. Petitefa le 21 février 2011
  17. Bonjour Petitefa, je suis l’auteur des images de ce livre, je peux donc te répondre directement :) (je ne parlerai pas de Trevor Brown, car je ne peux pas m’exprimer pour lui)

    Le fait est que tu es pédopsychiatre, tu côtoies donc beaucoup de situations très dures, tu sais ce que certains adultes peuvent faire endurer aux enfants (parfois aussi des enfants à d’autres enfants), et la porté de leurs actes, qui ont plus de poids que beaucoup veulent le croire malheureusement… Tu vois donc les choses avec une grande lucidité. Je suis moi-même très sensible à sujet. L’autre fait est que beaucoup n’ont pas cette vision, ça leur passe loin au dessus de la tête. Mon but était aussi de faire réfléchir, pas seulement faire de jolies images loufoques, et effectivement, ces images ne laissent pas insensibles, parce qu’elles touchent le côté de l’esprit humain que le plus grand nombre préfère laisser dans son coin. Il y a en effet chez Carroll beaucoup de double sens, et une réflexion sur le passage à l’âge adulte, trouble et dérangeant. Je ne pense pas avoir fait d’images qui franchissent la limite du choquant, mais j’espère avoir fait prendre conscience, à certain, qu’il y a déjà une part obscure en eux (même s’il préfèrent fermer les yeux dessus), qu’ils peuvent se sentir mal en regardant une image qui en soit ne franchit aucune limite (alors qu’ils voient des jeunes femmes qui dépassent toutes les limites à la TV par exemple, sans sourciller un instant).
    Je pense que tu es trop impliquée pour l’avoir vu sous cet angle. D’autres personnes qui ont eu la chance de garder une grande part d’innocence en eux ne voient à l’opposé que de jolies images.
    Je pense en comparaison au film « innocence » qui nous laisse imaginer un million de choses terribles (quelles horreurs se passent dans ce pensionnat quand les petites filles atteignent un certain âge?), alors qu’au final, le « malsain » réside seulement dans l’oeil de celui qui regarde le film, et qui m’a personnellement poussée à essayer de devenir un être meilleur.

    Je ne sais pas si je m’exprime bien, je ne suis pas psychiatre, mais illustratrice, je fais mieux passer ce que je pense en image qu’avec des mots, mais j’espère que tu as compris que rien n’était « choquant » gratuitement dans ce que j’ai essayé de faire :)

  18. lostfish le 2 mars 2011
  19. Je pense qu’un débat pourrait durer très longtemps (aussi bien sur le sujet de l’enfance, que sur celui la représentation de la femme objet, ce sont des sujets délicats et dangereux à aborder) et être également très révélateur sur notre espèce. Même si je n’aime pas utiliser ce mot, je suis au départ plus artiste (mon travail principal) qu’illustratrice de livres, et mon but premier est de provoquer des émotions chez les personnes qui regardent les images, comme je le dis souvent, ces sentiments sont propres à chacun, en fonction de leur sensibilité et de leur vécu. La réaction de Petitefa est donc totalement normale, et j’admire aussi son travail auprès des enfants. J’essaye toujours de laisser s’exprimer mon innocence pour ne pas aiguiller trop les personnes vers ce que j’aurais envie de dénoncer, pour leur laisser assez de liberté pour interpréter les images à leur façon. Désolée d’avoir parlé si longuement, mais je pense qu’il était aussi important de prendre le temps de répondre à vos commentaires :) Je pourrais laisser exploser ma révolte envers la « folie humaine » pendant des heures, mais je préfère la laisser vivre à travers mes images. Je pense aussi qu’Anne a déjà parfaitement expliqué ma vision de l’oeuvre de Carroll, et je l’en remercie, aussi bien pour l’article que pour ses commentaires :)

  20. lostfish le 2 mars 2011
  21. Merci beaucoup, Lostfish, d’être venue répondre aux commentaires, pour cet éclairage supplémentaire :)
    Je n’avais pas fait le rapprochement avec le film « Innocence » mais maintenant que tu le dis on peut en effet établir une certaine comparaison

  22. Anne le 2 mars 2011
  23. Bonjour Lostfish,

    merci beaucoup d’avoir pris le temps de cette réponse détaillée et bien explicative (mais pas trop longue, le sujet mérite bien qu’on s’y attarde un peu) !

    Je suis d’accord sur mon niveau d’implication, qui est bien plus important que celui de la moyenne – encore heureux d’ailleurs, je ne souhaite à personne de vivre dans cette glauquerie en permanence. Il est très vrai que cela m’influence et me rend encore plus sensible à des images où d’autres ne verront sans doute pas de souci particulier.

    Et le fait de travailler avec des enfants me fait de plus en plus voir un peu le monde par leurs yeux, ce qui n’était pas le cas avant. Le problème n’étant pas de nier toute pulsion sexuelle chez les enfants (l’on sait depuis Freud que la pulsion sexuelle est présente dès la naissance, c’est même cela qui a tant scandalisé à l’époque), mais de la remettre dans son contexte de pulsion infantile, et non adulte – de là l’ambiguïté des codes adultes sur des enfants ou perçus comme tels – ; la véritable perversion de l’adulte pédophile consistant de fait à manipuler ces pulsions infantiles pour son propre plaisir. (De là, j’aurais probablement un avis très différent sur le point où se situe la perversion, par rapport à ce que vous dites du film « Innocence », mais comme je ne l’ai pas vu, je ne peux pas me prononcer). Bref, j’achève là sur ce sombre sujet.

    Et le débat de la représentation de la femme est très vaste, oui – et a fortiori celui de la représentation de l’enfance.

    Très vaste aussi, comme vous l’avez soulignée, la question de la libre interprétation des images par le spectateur. C’est là je pense que le dialogue entre le texte et l’image prend une importance cruciale, soit pour nuancer, soit pour appuyer, valider ou dénoncer, etc ; et c’est là, à la réflexion, que mon sentiment s’est développé, par rapport à l’extrait de Trevor Brown que j’ai pu lire.

    Après, je crois bien que j’avais fermé les yeux, des années durant, sur cette question du double et des ambiances sulfureuses autour de Carroll. A ce titre, là maintenant ils sont un peu plus ouverts :)

  24. Petitefa le 3 mars 2011
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