Shadowline, The Art of Iain McCaig

par Anne

Shadowline

Voir les coups de coeurJ’avais peur avant de me lancer dans la chronique de Shadowline. Je savais que si je rouvrais ce livre j’allais disparaitre, comme je disparais invariablement, et des heures durant, chaque fois que je tire le lourd volume de son étagère. Et ensuite, quand enfin je serais revenue de son ravissement – le soleil couché, la lune levée, comment aurai-je pu raconter ce que j’avais vécu ? Personne ne m’aurait cru.
Il y a une dangereuse vérité qu’il me faut dire maintenant, à propos de la magie, des voyages dans le temps et dans l’espace : tout est vrai. Oui, tout. Il existe un nombre compté de vortex menant vers ces « fabuleuseries », ils se cachent dans certains livres choisis – on ne sait jamais au détour de quelle page. Je ne sais pas si ce sont les vortex qui choisissent les livres ou si ce sont les auteurs, des sorciers à coup sûr, qui les mettent dedans, mais je sais – j’en  trahie le secret aujourd’hui –que Shadowline est un de ces ouvrages.

Il y a une chose qu’il faut savoir à mon propos : j’éprouve une fascination pour les vêtements exotiques, rituels ou d’apparat plus particulièrement, ces costumes qui racontent à eux seuls une culture toute entière. Et il me prend à rêver, souvent, de ce que pourraient porter d’autres hommes sur d’autres planètes, dans d’autres réalités. C’est conduite par cette fantasque passion que j’ai découvert Iain McCaig, le sorcier fou qui a composé et réalisé le livre qui nous réunie en cet instant, et que j’ai appris qu’il exerçait son art sous couverture, bien sûr, de Concept Designer pour l’industrie du cinéma et du jeu vidéo. Ses talents avaient été requis pour la création de l’univers visuel de Star Wars I, II, et III, la nouvelle trilogie de George Lucas. Et ce fut lui qui dessina tous ces vêtements étranges, participant  à l’élaboration de l’étonnante et somptueuse garde-robe de Padmé Amidala, ce qui était bien suffisant pour que mon caractère obsessionnel s’attache irrémédiablement à son œuvre toute entière. Je me retrouvais donc logiquement, un soir de Noël, avec son artbook entre les mains.
Aux premières heures d’un 25 décembre j’ai rencontré Byron, le journaliste aux faux airs d’Adrien Brody  qu’on avait chargé d’interviewer McCaig, et avec lui j’ai pénétré le territoire de Shadowline. J’ai disparu cette nuit là, connu une expérience narrative comme je n’en avais jamais connu, visuelle et textuelle, poétique et profondément « alienne ».
Bravant ma peur,  non pas d’y retourner mais d’en ressortir toujours aussi muette, j’ai rouvert le livre pour cette chronique et maintenant des ombres bien épaisses serrent les contours du monde. Que dire de Shadowline ? Pour reprendre les mots de McCaig c’est une réalité alternative (là où son véritable atelier se trouve, entre ombres et lumières) où l’artiste « chasse » ses histoires. Oui, ses histoires. Iain McCaig n’est pas un Concept Designer, ni un illustrateur, c’est un sorcier-narrateur dont le pouvoir est de raconter.

Shadowline, The art of Iain McCaig

Byron ne sait jamais qu’il n’existe pas vraiment, je veux dire en dehors du livre. Chaque fois que je reviens c’est pareil : il est persuadé d’avoir une vie – plutôt piteuse, croyez moi – et il me faut le voir lutter, page après page, contre le traumatisme de découvrir qu’il a été crée par McCaig. Traumatisé, on le serait à moins ! Je crois qu’il fait exprès de perdre la mémoire à chaque fois. Ça l’arrange. Mais ça expliquerait pourquoi, dès le départ, il est cynique envers tout ça. Shadowline. Cet endroit étrange où les deadlines sont vivantes (monstrueuses) et terrorisent tout le monde. C’est une jolie centaurine qui nous y emmène mais notre guide sur place est un insupportable mini-tyrannosaure, un personnage de McCaig lui aussi –le sait-il ?  C’est avec lui que nous visitons les salles de l’atelier, dont la première est le Théâtre. Dans le théâtre nous retrouvons Amidala mais aussi Mad-Eye Moody et la fée Clochette parmi les personnages crées pour Star Wars, Harry Potter et la coupe de feu ou le plus récent Peter Pan. Ensuite, Jones nous amène dans le Coffre-fort. C’est là que nous découvrons les multiples designs crées pour le cinéma qui n’ont jamais vu le jour. On se rend compte que McCaig a fait de nombreuses incursions dans l’univers des contes en travaillant notamment sur une adaptation du Joueur de flûte de Hamelin ou sur le Pinocchio avorté de Francis Ford Coppola. Je me sens toujours privilégiée dans le Coffre-fort, mais je tremble car je sais que nous approchons des Catacombes.
Le plus terrible cauchemar de McCaig est un clown, pas de chance pour nous qui pénétrons dans les plus sombres recoins de la psyché de l’artiste avant de revenir dans la lumière de la Galerie. La Galerie est une de mes salles préférée, et je sais que Byron n’y est pas insensible non plus car nous y retrouvons Œil-de-velours la jolie centaurine. C’est étrange d’ailleurs, c’est une sirène maintenant. Mais ni Byron ni moi ne sommes plus à une étrangeté près. La Galerie, c’est là où McCaig nous dévoile certains de ses projets personnels comme The Wichball, un graphic novel sur les derniers jours d’E.A Poe. Je suis médusée, et c’est le cas de le dire, par Starchild, une relecture de La Petite Sirène transposée… dans l’espace !  Et puis enfin nous tombons sur Iain McCaig himself, dans la Salle de classe, qui n’est pas là pour répondre à une interview mais nous donner une leçon de dessin. Byron râle mais moi je n’en perds pas une miette ! (Je tire sur les petites enveloppes collées contre quatre des pages pour en sortir des livrets explicatifs.)
Riches des conseils du maître, nous pénétrons dans la Bibliothèque où s’affichent les illustrations et couverture de livres, de CDs ou de jeux de rôles, réalisés par l’artiste. Des légendes arthuriennes au folklore irlandais en passant par Alice au pays des merveilles, Terri Windling’s Borderland ou The War of the Ring… Un régal pour les yeux. Mais laissons Byron s’entretenir avec McCaig et découvrir la cruelle vérité, laissons là les autres pièces de Shadowline à la surprise de votre découverte, car il y a encore tant de choses à voir et je m’égare toujours quand je voyage en Shadowline…

Shadowline, The art of Iain McCaig

Shadowline, pour Peter Pan

Shadowline, Le joueur de flûte de Hamelin

Bien plus qu’un artbook, Iain McCaig a construit un autre monde dédié à l’acte créateur et à la vie de l’artiste. Il nous y confie ses rêves, ses regrets, ses peurs avec une fantaisie ingénieuse et inspiratrice. Byron… Comment ne pas s’attacher à Byron ? A le suivre dans ses aventures au cœur de la toile de McCaig c’est à se demander si nous même ne sommes pas une création de ce raconteur aussi doué avec les mots qu’avec les images. Son livre, un objet magnifique, épais, lourd et brillant, conjugue l’imaginaire avec un immense i, et pourtant tout y est vrai. Shadowline est très certainement le meilleur art of qu’il m’ait été donné de lire. Le plus généreux. Et si cette chronique fut longue à accoucher c’est qu’à trop fleureter avec un tel livre on peine à vouloir en revenir.

  • NOTATIONS
  • INFORMATIONS
    -Iain McCaig (textes,  illustrations et concept), Nick Sagan (préface)
    -Hard cover avec jaquette, 24,5×33cm, Insight Editions, décembre 2008.
    -240 pages.
    -en anglais, import uniquement.

Publié le 16 décembre 2009

4 commentaires pour cet article :
  1. Très belle chro, ça donne sacrément envie d’aller se perdre à son tour dans l’univers de cet artiste…

  2. Hélène le 18 décembre 2009
  3. @Hélène : Et tu ne perdrais pas ton temps! C’est un superbe ouvrage!

  4. Anne le 25 décembre 2009
  5. Merci pour cette petite chronique qui donne une meilleure idée du bouquin assez cher ma foi.

  6. Li-An le 7 janvier 2010
  7. C’est vrai qu’il est cher (autour de 45/50 euros de mémoire) mais il les vaut amplement. La facture de ce livre est *très* luxueuse. Il est grand, lourd, la jaquette est très épaisse, vernis sélectifs, l’intérieur présente un papier glacé comme j’en ai rarement vu, lui aussi très épais, plus les pochettes avec les petits livrets intégré dans le livre… Ces choix d’imprimerie ont un coût… mais quel bonheur!^^

  8. Anne le 8 janvier 2010
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