Eden, Faun

par Magali

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Deux ans après Buch der Balladen, le groupe allemand de folk médiéval nous livre un sixième opus intitulé Eden. Et, comme son titre l’indique, cet album nous convie au jardin d’Eden, en Aracadie, au jardin des Hespérides, en Avalon… dans tous ces jardins mythiques, ces paradis perdus qu’évoquent nombre de mythologies. Si l’Eden de la Bible chrétienne semble être le point d’approche, comme le titre ou l’extrait de la Genèse au début du livret le laisseraient présager, qu’on ne s’y trompe pas : Faun nous emporte dès le premier titre, Lupercalia, dans l’Antiquité avec un texte d’Ovide mis en musique et contant en latin un ancien rituel de fertilité que le pape a plus tard transformé…. en Saint Valentin ! Car pour Faun, qui dit paradis dit harmonie entre l’Homme et la Nature, incarnée par diverses divinités très anciennes, et harmonie également entre les hommes.

Ainsi, Hymn to Pan mêle écrit contemporain et vers d’Oscar Wilde dans une belle invite à suivre ce dieu de la Nature au coeur des vertes forêts. Flûte et marimba évoquent à merveille cette grande figure du panthéon antique, ainsi que des sous-bois tropicaux. D’autres divinités défilent devant nous : la nordique Iduna qui gardait des pommes d’or accordant l’immortalité aux dieux, dans une chanson enlevée, tribale, issue de la tradition norvégienne ; Pan, à nouveau, dans Arcadia qui parle de cet âge d’or disparu des Grecs en couplant un morceau traditionnel finlandais sur la chasse telle qu’elle était pratiquée à l’époque et un écrit de Wilde où le poète regrette la disparition de certaines valeurs dans sa société. Chanté tant en finnois qu’en anglais, ce morceau en faveur de l’animisme est empreint d’une profonde nostalgie envers cette époque révolue où divinités de la Nature et hommes se côtoyaient.

Nostalgie qui se retrouve avec le mélancolique titre instrumental The Butterfly, morceau traditionnel irlandais, ou encore Pearl où le poème de l’Irlandais James Clarence Mangan, amoureux mais non aimé en retour, est chanté à la façon d’un chant oriental plein de beauté et de tristesse. Le paradis est perdu, l’âge d’or envolé… Zeitgeist, titre écrit par Faun, rappelle notre désir contemporain de renouer avec la Terre. Un titre solennel et empreint de quelques échos inquiétants.

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Mais l’espoir n’est pas loin comme le démontre Alba, également composé par Faun, où un couple endure mille souffrances dans un monde hostile, à l’instar d’Adam et Eve chassés du jardin d’Eden, mais qui retrouve la paix lorsque le terrible hiver s’en va. Et en parlant d’Adam et Eve, Faun nous livre aussi une interprétation d’une surprenante chanson anglaise du XVe siècle où non seulement c’est Adam qui a cueilli la pomme, mais où cet acte même est célébré dans la liesse car il permit la découverte de la sexualité ! Une chanson pleine de joie, aux paroles qui se répètent dans une danse enlevée.

Eden, après nous avoir emmené dans de multiples jardins paradisiaques et hantés par les anciennes divinités, se clôt par le superbe Golden apples. Basé sur une berceuse traditionnelle du nord de l’Angleterre, ce morceau très doux et apaisant se pose parfaitement à la fin de cette balade à la fois pleine d’harmonie et de regret dans les âges anciens où l’unité régnait.

Superbe voyage musical, Eden est un véritable enchantement. Faun prouve ici encore son grand talent et s’est entouré d’artistes prestigieux pour orner son livret et les accompagner musicalement. Brian Froud, Kris Kuksi, Renae Taylor et Julia Jeffrey ornent de leurs très belles oeuvres l’épais livret qui a des allures de mini-artbook. Les Mediaeval Baebes, entre autres guests, forment les choeurs de Lupercalia mais se glissent tellement bien dans ce chant que c’est le livret qui m’a indiqué leur participation !

Venez donc visitez tous ces lieux enchanteurs et disparus en compagnie de Faun et des divinités… à écouter encore et encore, avec le même émerveilllement.

  • NOTATION
  • INFORMATIONS
    - Faun : Oliver s. Tyr (chant, bouzouki irlandais, nyckelharpa, harpe celtique, guitare, saz, guimbarde, marimba & trompette marine), Fiona Rüggeberg (chant, flûtes à bec, flûtes irlandaises, cornemuse, chalumeaux, harmonium, seljefloit, fujara & marimba), Rairda (chant, harpe celtique), Rüdiger Maul (tambours sur cadre, riqq, batterie, daf, tombak, davul, panriqello, darabukka, idiophones), Niel Mitra (beats, ambiances sonores)
    - Alive, Screaming Banshee, 2011
    - Disponible sur le site du groupe ou via le label Prikosnovenie

Publié le 16 juillet 2011

6 commentaires pour cet article :
  1. Juste miam ! J’avais prévu d’aller voir à nouveau du côté de chez Faun, pour lesquels mon oreille est insatiable. Et après la déception (grosse) du dernier Omnia, j’appréhendais un peu, même si là on sent davantage une grande stabilité du groupe, et une profonde recherche dans les thèmes musicaux, historiques, mythologiques, tout pour plaire. ^_^
    Bref, voilà une belle petite chronique (enfin non pas petite !) qui achève de me décider ! Et l’artwork est parfait, même impression de décollage temporel immédiat dans une tapisserie rêvée, comme avec le précédent (les ballades il me semble).
    Merci merci, encore un petit tour de magie, on en a bien besoin :)))

  2. Petitefa le 17 juillet 2011
  3. Bien emballée / embarquée dès la première découverte sur Deezer, j’ai hâte de le recevoir pour explorer plus avant la trame musicale & mythique, et me ballader dans les pages du livret, dont je pressentais l’artwork particulièrement soigné, et ta chro confirme cette impression !

  4. Hélène le 17 juillet 2011
  5. Merci les filles ! :) Et oui, allez vite vous perdre dans ce superbe album !!
    @ Fa : effectivement, Faun a su garder son esprit des débuts et gagné en maturité et richesse au fil du temps. Le précédent était bien consacré aux ballades, tu ne te trompes pas ;) Il était très chouette aussi, dans sa thématique.
    La chro est longue, c’est vrai, et pourtant l’album est tellement riche (dans sa musicalité, dans sa conception, dans les réflexions que le groupe partage dans le livret) que je n’ai même pas parlé de tout ce que je voulais dire ^^ » Eden est vraiment une pépite, je ne me lasse pas de le réécouter :)

  6. Magali le 17 juillet 2011
  7. Et ben ça, ça donne sacrément envie! Je n’ai pas encore trop exploré Faun, c’ était un peu comme pour Fabienne, mais ta chronique m’ enlève tout doute! Surtout ce thème des jardin mythique… Miam!

  8. Anne le 21 juillet 2011
  9. Après les premières écoutes et sans lecture du carnet (qui se laisse regarder avec bonheur!) je confirme que c’est vraiment un album superbe et envoutant.
    J’ai retrouvé avec plaisir les mélodies entendues au concert de T&L et n’en fini plus de gigoter et de chanter sur ce bon son ^^
    Ca te plaira Anne ;-)

  10. Clémence le 31 août 2011
  11. Ouiiii j’ai pu l’écouter sur deezer et je pense également l’acheter mais ça va pas être possible tusuite tusuite

  12. Anne le 3 septembre 2011
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La Rédaction

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