Les Idylles du roi, Alfred Tennyson

par Magali

Les Idylles du roi, Alfred Tennyson

C’est en 1859 qu’Alfred Tennyson fit paraître un recueil de longs poèmes intitulé Idylls of the King. Dix ans plus tard, ce recueil est partiellement traduit en français, mis en prose par Francisque Michel et illustré de gravures de Gustave Doré. C’est cette édition française de 1869 que Terre de Brume réédite à présent, pour notre plus grand plaisir !

Les poèmes traduits et mis en prose sont Enide, Elaine, Viviane et Guenièvre, quatre textes centrés autour de grandes figures féminines du cycle arthurien. Enide conte l’histoire de cette épouse fidèle que son mari soupçonna un jour d’adultère, lui imposant plusieurs épreuves. Elaine n’est autre que la Dame d’Astolat, morte d’amour pour Lancelot. Cette belle demoiselle est également le sujet principal d’un autre poème de Tennyson, rendu célèbre par son interprétation par Loreena McKennitt et dans lequel il introduisait le motif d’une malédiction. Malédiction absente du texte des Idylles du Roi, mais le récit reste une superbe et poignante histoire d’un amour non partagé. Viviane montre l’aspect le plus vil et le plus manipulateur de cette jeune femme en décrivant les ruses qu’elle déploie pour obtenir le secret d’un sort de Merlin, afin de le piéger. Le célèbre enchanteur y apparaît âgé, usé par les ans, et affaibli par les discours trompeurs de Viviane. Guenièvre, enfin, clôt l’ouvrage par l’évocation de la fin du règne d’Arthur. La reine s’est exilée dans une abbaye, son amour pour Lancelot ayant été découvert. Mordred tente de prendre le pouvoir et Arthur guerroie contre Lancelot, son ancien ami et bras droit.

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Quatre figures féminines arthuriennes, quatre femmes aux caractères et motivations bien différentes. Quatre histoires où le lyrisme de l’écriture, due à la forme poétique originelle des textes, emporte le lecteur à Camelot, à l’époque d’Arthur, quand les fées se dissimulaient encore au fond des bois et que chevalerie rimait avec amour courtois. Les textes sont embellis par les magnifiques gravures de Gustave Doré, reproduites ici en pleine page. Ces illustrations noir et blanc, très détaillées, montrent des dames affligées, en colère ou en proie aux tourments de l’amour avec un romantisme exacerbé, tel qu’il était à l’époque. Ce même romantisme traverse les récits de bouts en bouts, toutes ces amours mis à l’épreuve, à l’exception de Viviane, où la femme apparaît comme manipulatrice et comédienne. Les hommes, ici, bien qu’ayant leur part d’action, s’effacent devant ces femmes amoureuses, aux émotions puissantes, presque démesurées. Arthur lui-même, qui apparaît pourtant dans Guenièvre tel un parfait roi chrétien, incarnation de la justice et du pardon, reste en retrait. Ce sont les femmes, ici, qui sont les véritables héroïnes.

Les Idylles du roi est un bel ouvrage que je recommande à tout amateur du cycle arthurien, ou tout lecteur désireux de connaître ces quatre récits enchanteurs et pétris de romantisme XIXe siècle, d’autant plus que le recueil originel n’est pas disponible en français. Les seuls bémols sont la présence de quelques coquilles et, surtout, la mention beaucoup trop discrète que les poèmes sont en prose. Mais cela n’enlève rien au charme de ces textes et illustrations.

  • NOTATION
  • INFORMATIONS
    - Textes d’Alfred Tennyson, mis en prose par Francisque Michel, illustrations de Gustave Doré
    - Hardcover, éditions Terre de Brume, 2011
    - Disponible

Publié le 14 janvier 2012

4 commentaires pour cet article :
  1. Poésie, femmes, cycle arthurien, gravures de Doré… quel mélange tentateur !
    (Et quelle constance dans la qualité chez cet éditeur, pour ce que j’en connais)
    Merci de cette pépite. ça va être difficile de résister, là encore… ^_^

    Et tant pis pour les coquilles, c’est vrai que c’est toujours dommage, voire parfois rageant en matière poétique, mais c’est mieux de le savoir avant, dont acte.

  2. Petitefa le 14 janvier 2012
  3. Mmh, avec les gravures de Gustave Doré, l’édition est très tentante… Je n’en ai qu’une petite version de poche, fort appréciée pour la coulée de l’anglais original sous la langue, mais le plumage y fait un peu défaut au ramage, celle-là irait bien en complément, pour la beauté.
    Et je suis bien intriguée par l’orientation de la sélection, tournée vers ces grandes figures féminines, qui n’est pas si sensible dans la version complète / originelle (j’ai le bouquin sous les yeux, et même les titres présentent souvent ces dames en miroir de leurs masculines moitiés). Bon, c’est vrai que Lord Tennyson s’y entend en portraits de femmes, pensée pour la Lady que tu évoques… :-)

  4. Hélène le 14 janvier 2012
  5. @ Fa : c’est vrai que Terre de Brume propose régulièrement des ouvrages de qualité sur le sujet ! :)
    @ Hélène & Fa : je n’ai pas lu la version originelle des poèmes, mais je trouve que le choix d’un passage en prose pour la traduction est plutôt judicieux – en matière de poésie, conserver à la fois la beauté de la phrase et la rime tient du gageure ! Bonne lecture à toutes deux si vous vous lancez dans ce somptueux ouvrage ! :)

  6. Magali le 19 janvier 2012
  7. [...] Tennyson & Gustave Doré, éd Terre de Brume C’est la faute de Lullaby, qui en a fait une très belle chronique sur Fées Divers, que je re-linke tant elle m’a plu, et qui m’a donné trop-trop envie avec cette [...]

  8. Livres de Ruiros (Janvier) « La Clef de Fa le 26 janvier 2012
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