Musiques de la Frontière. Livre I du Dit de Frontier, Léa Silhol

par Clémence

Musique de la Frontière

Voir les coups de coeurAu plus fort de l’affluence, six exemplaires du Dit de Frontier ont habité mes étagères. Depuis 2004 la densité a diminuée, trois d’entre eux on rejoint d’autres bibliothèques en des occasions particulières, allant de la recherche d’un livre intéressant (opportunité à ne pas manquer pour contaminer l’entourage aux écrits de Léa Silhol !) à l’envie de provoquer une prise de conscience ou tout simplement de partager avec la personne aimée un ouvrage cher à mon cœur.
Trois exemplaires me restent donc pour m’immerger dans l’univers des fay ; notre univers, notre société, nos familles d’humains dans lesquelles naissent ces êtres dérangeants. Enfants, ils sont laids, comparés aux changelings, ces créatures de contes décrites comme des avortons ridés et noirauds que les fées viennent déposer dans les berceaux à la place de beaux bébés. Mais une fois adultes, c’est leur beauté hors norme et leurs pouvoirs étranges qui sont comme une écharde fichée dans l’œil et un coup de poing au creux de l’estomac. C’est ainsi qu’ils sont abandonnés, rejetés par leurs familles, parqués dans des Centres. Car si le changeling était un enfant substitué dérangeant, le fay l’est encore plus par la légitimité de sa naissance parmi les hommes.
C’est ainsi que Shade se voit abandonné devant la porte d’un hôpital, que Need décide d’emmener son petit frère, Gift, loin des coups de ses parents ou que Blue tente désespérément de retrouver la sœur qui l’a protégé et aidé étant enfant.

On pourrait croire au premier abord qu’il n’est pas question ici de Féerie, et pourtant elle est belle et bien présente, tissée à des problématiques de notre temps telles que la différence, le rejet des minorités ethniques, la recherche de la liberté, d’un idéal, d’une utopie, représentés dans cet univers par la quête de Frontier, la cité au bord du monde, la cité fay. C’est d’ailleurs vers elle que le recueil conduit, rendant la vision plus tangible de nouvelle en nouvelle.
En se laissant porter sur les rails de « Runaway Train », en retenant son souffle aux côtés de Shade recherchant Frontier dans « Encordés à la Nuit », en roulant, muet dans la caisse de Jay et jusqu’à pénétrer dans la ville sur les pas de Joy, voici le trajet que l’auteure vous propose de suivre. Un trajet loin des sentiers battus où la Féerie n’a pas tout pouvoir sur l’humain mais n’est pas sans défense pour autant. Un trajet qui ne laisse pas indifférent car Musiques de la Frontière a une aura particulière : glamour et fumées d’échappement, arbres bibliothèques et buildings crasseux, souffrances, quête, espoir. Et quand ce dernier étouffe sous une chape de plomb, de pensées noires, inévitablement je me tourne vers ce recueil, m’y plonge jusqu’à y être submergée, complètement noyée, la gorge serrée et les yeux rougis. Car je sais que dans l’univers de Frontier, il est possible de « Faire Surface ». Malgré les souffrances, les sacrifices, les pertes irrémédiables, les luttes ; le rêve d’un monde meilleur est là, si proche que l’on peut l’effleurer du bout des doigts. Si proche qu’il redonne la foi…

  • NOTATION
  • INFORMATIONS

-Léa Silhol, couverture d’Amar Djouad, illustrations intérieures noir & blanc, de Frédérique Berthon.
-Préface « Toucher Frontier… » de Jess Kaan et postface « Près des Nids de Coucous » de Natacha Giordano
-Couverture souple, Editions de l’Oxymore – Collection Moirages. 2004
-313 pages
-Livre épuisé

Publié le 05 décembre 2009

3 commentaires pour cet article :
  1. Ce recueil fait partie des livres que j’ai le plus lu dans ma vie. Une expérience intense qu’on peut difficilement décrire…

  2. Anne le 11 décembre 2009
  3. C’est certainement pour ça que j’ai eu du mal à aller jusqu’au bout de cette chronique: trop de claque dans la gueule, d’émotion de petits bout de soi qui se dévoilent…
    En tout cas c’est pour moi aussi le livre que j’ai le plus lu et qui m’accompagnera certainement très, très longtemps.

  4. Clémence le 11 décembre 2009
  5. Feeling et vibration semblables pour moi. La rencontre littéraire la plus belle et marquante qu’il m’ait été donné de vivre, au point qu’après des années de lecture cela reste un choc profond, et un émerveillement.
    Plus encore qu’un livre de chevet, un compagnon de route…

  6. Hélène le 11 décembre 2009
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Revue de presse

[...]Les ingrédients se mélangent les uns aux autres pour former un tout cohérent, visuellement beau (le graphisme et la présentation générale de la revue sont magnifiques), fort bien documenté et très agréable à lire.
-Murmures Magazine

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