Sous la cendre : figures de Cendrillon

par Magali

Sous la cendre : figures de Cendrillon

Cendrillon fait partie des contes classiques dont nous avons tous entendu l’histoire, que ce soit la version des frères Grimm ou celle de Perrault, ou encore celle de Walt Disney (adaptée de Perrault). Le conte nous parle d’une jeune orpheline de mère maltraitée par sa marâtre et ses demi-soeurs et réduite à effectuer les plus basses corvées. Toujours sale, car devant souvent rester près du foyer, elle en hérite le surnom de Cendrillon. Vint l’organisation d’un grand bal par le prince, où tous sont conviés. Forcée de rester à la maison, Cendrillon obtient de magnifiques vêtements et un moyen de transport grâce à une intervention magique. Arrivée au bal, elle charme le prince mais s’esquive avant la fin des festivités, laissant une pantoufle derrière elle. Le prince, très épris, fait essayer la pantoufle à toutes les femmes de la région et parvient à retrouver sa véritable propriétaire en la personne de Cendrillon, la dernière à essayer la pantoufle.

Voilà donc les grandes lignes de l’histoire, qui a connu pas moins de cinq cent versions différentes ! L’anthologie Sous la cendre : figures de Cendrillon propose de découvrir près d’une cinquantaine de ces versions, dont dix provenant de différentes régions de France. Des versions les plus connues, à savoir celle des Grimm et celle de Perrault, seule figure dans ce volume le conte des Grimm. Parmi les autres textes, on retrouve une version italienne antérieure à celles passées à la postérité, une version chinoise du IXe siècle, considérée comme la première version écrite du conte, mais aussi des versions africaines, grecques, québecoises, et même une version algonquine !

Et quelles versions ! Si les histoires se font parfois un peu trop répétitives, certaines variantes sont surprenantes et ne conservent que les grandes lignes du conte. Ainsi, rien que dans la dizaine de versions françaises, on découvre que parfois le conte de Cendrillon se mêle à celui des Fées de Perrault (où une soeur bonne et belle recevait d’une fée le don de jeter roses et diamant à chaque parole, et l’autre soeur, mauvaise, celui de jeter crapauds et couleuvres). C’est le cas avec Marion et Jeanne, qui nous vient des pays des sources de la Loire, où la bonne Marion reçoit de sa marraine, la Sainte Vierge, une étoile d’or sur le front. Sa soeur jalouse recevra quant à elle une queue d’âne, toujours sur le front. Les gens du Limousin ont un certain sens de l’humour : la marraine de Cendroulié (toujours la Sainte Vierge, ce qui correspond aux croyances du pays et de l’époque) lui confie une baguette. Celle-ci, en tapant l’arrière de sa bête avec, peut ainsi se nourrir de pain et de fromage. Sa soeur, qui l’espionnait et qui se nomme Couille de bouc du fait de sa laideur, tentera de même et hérite d’une bouse ! En Basse-Bretagne, le conte prend des tournures cannibales : Adèle nous raconte comment deux soeurs décident de tuer leur mère pour en faire un bon repas, afin de pouvoir briller auprès de deux jeunes gens. Seule Adèle, la troisième, refuse de participer à ce banquet et enterre les os de sa mère, qui donne naissance à une fleur éclose en toute saison.

Les versions internationales ne manquent pas non plus de sel. Comme La Souillon espagnole, où le conte se clôt sur une phrase invitant vertement le lecteur à aller se faire voire ailleurs s’il refuse d’adhérer au récit ! Les versions africaines, plus longues et détaillées, sont riches en péripétie. Il faut d’ailleurs noter que plusieurs versions prolongent le conte au-delà du mariage de Cendrillon, celle-ci ayant encore à souffrir des manigances de sa marâtre et de sa demi-soeur qui cherchent à la tuer et à la remplacer. Quelques autres sont livrées dans leur patois d’origine. La lecture peut donc s’y avérer difficile mais quelques notes de bas de page permettent de s’y retrouver et, dans certains cas particulièrement ardus, je vous recommande la lecture à voix haute : vous aurez l’impression d’entendre l’accent régional et d’être propulsé à la veillée, auprès du feu, dans le rôle de la conteuse ou du conteur.

Toutes ces versions qui ne se ressemblent pas se clôturent par deux longues postfaces offrant une analyse profonde et argumentée du conte, de ses symboliques et de ses différences selon les régions du monde d’où il provient. Le tout avec quelques extraits des textes de l’anthologie à l’appui.

Il est difficile de décrire en détail toute la richesse contenue dans cette cinquantaine de textes, ni de citer toutes les différences, petites ou grandes, qui émaillent ces diverses figures de Cendrillon. En revanche, à tous ceux qui souhaitent se pencher plus avant sur ce conte, ou à ceux intéressés par le folklore, je ne saurai que trop recommander cet ouvrage dense, riche et plaisant à lire. C’est une mine d’informations sur le sujet et il permet de découvrir une partie des nombreux visages qu’a revêtus Cendrillon.

  • NOTATION

  • INFORMATIONS
    - Anthologie établie et postfacée par Nicole Belmont et Elisabeth Lemirre
    - Couverture souple, éditions José Corti, 2007
    - 423 pages
    - Disponible
  • Publié le 14 septembre 2011

    3 commentaires pour cet article :
    1. Allécheant ! Je le mettrais bien sur ma pile à lire, avec un bouquin similaire autour des versions du petit Chaperon rouge. Il y a l’air dans celui-ci sur Cendrillon, d’y avoir un beau travail de folkloriste. Merci de la découverte :)

    2. Petitefa le 15 septembre 2011
    3. Les éditions José Corti proposent des ouvrages très intéressant sur les contes et le folklore.
      Allez sur leur site et vous découvrirez une sacrée liste de livres! Dommage qu’ils soit si peu présent dans les rayons et que leur prix soit parfois trop élevé.

    4. Clémence le 16 septembre 2011
    5. Oui, j’ai vu ça ! C’est leur collection « Merveilleux » et je suis bien tentée par quelques titres :)

    6. Magali le 16 septembre 2011
    Laissez un commentaire :

    La Rédaction

    • 2 Visiteurs en ligne
    • 2 Invités