Les Dames du Lac

par Clémence

Dames du Lac

Le cycle arthurien est l’un des légendaires les plus exploité dans le domaine de la fantasy. Entre les textes anciens et les reprises contemporaines, on pourrait certainement ne lire que ça pendant des mois ! Cependant s’il n’y avait à choisir que quelques livres représentatifs du cycle et apportant une nouvelle perspective à celui-ci, je choisirais sans hésitation les romans de Marion Zimmer Bradley.
Dans ce premier tome nous est conté la chute d’Ambrosius et l’accession d’Uter Pendragon au trône, la naissance de Morgane et d’Arthur jusqu’au couronnement de ce dernier et « l’adultère » de Guenièvre. Le tout sur fond de guerre contre les Saxons et de combats entre christianisme et Ancien culte. Quoi de nouveau dans le déroulement de l’histoire me demanderez vous. Dans la trame, rien ne change vraiment en effet. Seulement au lieu des récits de batailles, des tournois, des quêtes et de la mise en avant de la chevalerie c’est un regard de femme qui se porte sur la Légende, le point de vue de ces mères, de ces filles ou de ces prêtresses qui n’ont d’habitude qu’une place secondaire. Pourtant leurs apparitions, leurs décisions et leurs comportements à des moments clés ont un impact significatif sur le déroulement des événements et grâce au roman de Bradley nous pouvons découvrir l’envers du décor et le rôle qu’elles y tiennent.

Ainsi, aux côtés d’Ygerne, duchesse de Cornouailles qui deviendra femme du Haut Roi, aux côtés de Viviane, Dame du Lac et grande prêtresse d’Avalon vieillissante et soumise à son devoir, de Morgane dont on redécouvre un visage beaucoup moins manichéen et tellement plus intéressant ou Genièvre, engoncée dans des croyances chrétiennes qui l’empêchent de vivre son amour pour Lancelot nous déambulons dans les coulisses du pouvoir et apprenons les sentiments ou ressentiments de ses Dames, leurs espérances et leurs désillusions… Car il faut bien le dire, être femme à une telle époque et de plus femme de la noblesse, supposait une grande force de caractère, une santé de fer et une fertilité luxuriante – l’un des point important étant d’avoir un héritier au trône ou au pire, des filles à marier avec les alliés qui apporteront un héritier !
Suivre la vie de ces femmes ne veut pas pour autant dire que ce roman et « un livre de fille ». Il est certain que l’on n’y liera pas le descriptif détaillé et sanglant des batailles mais on y découvrira les rouages de la politique du Haut Roi dont le but est d’unir toutes les tribus de Grande Bretagne. Ambrosius, Uter puis Arthur se verront guider dans leurs choix par des conseillers issus de cultes différents (représentés par le clergé et Guenièvre d’un côté, Viviane, Merlin, Morgane de l’autre) : les chrétiens, culte patriarcale cherchant à abolir coûte que coûte Avalon et son culte matriarcal païen, considéré comme barbare.
Le lecteur se voit donc plongé avec brio dans un royaume tiraillé et attaqué où il découvrira avec plaisir les chemins tortueux du destin de femmes d’exception.

  • NOTE
  • INFORMATIONS

-Texte de Marion Zimmer Bradley traduit de l’américain par Brigitte Chabrol.
-Format poche, édition Le Livre de poche. 1990
-443 pages

Publié le 23 juillet 2011

7 commentaires pour cet article :
  1. J’ai adoré ce roman ! Une vision intéressante du mythe arthurien, et ce portrait de Morgane tellement plus riche et complexe qu’ailleurs ! Un vrai régal.

  2. Magali le 23 juillet 2011
  3. J’ai moi aussi adoré ce bouquin et celui qui lui fait suite (en français : Les Brumes d’Avalon). Mais je voudrais apporter une précision : quand tu dis « Le tout sur fond de guerre contre les Saxons et de combats entre christianisme et Ancien culte. Quoi de nouveau dans le déroulement de l’histoire me demanderez vous. Dans la trame, rien ne change vraiment en effet » En fait, à l’époque où ces romans sont parus, c’était tout à fait nouveau de parler de lutte entre le christianisme et l’Ancien culte ! Sur ce point aussi, MZB a ouvert la voie, et à ma connaissance, les autres romans qui exploitent ce thème n’ont fait « que » le reprendre.

    Et le fait que cette ancienne religion soit liée, dans le fond et la forme, au point de vue des femmes n’est certes pas anodin !

  4. Lucie le 24 juillet 2011
  5. Aaah l’illumination que fut ce bouquin !! Lu à 15 ans, découverte intégrale du monde arthurien, amour immédiat pour les rites de Morgane et le croissant de lune bleu, et confirmation précoce d’une grosse défiance pour ‘l’autre’ culte, que je n’avais jamais vu présenté ainsi auparavant. Et relu plusieurs fois d’ailleurs, dans la foulée…

    J’avais particulièrement été marquée, comme tu le soulignes, par la vision féminine, complexe et au premier plan (pas vraiment comme un certain nombre de lectures ultérieures en Imaginaire…), et puis, pour la première fois, par le sérieux avec lequel est abordé le mythe, le rite, le magique. Il ne s’agit plus là de petites baguettes magiques comme autant de jouets futiles, mais d’une vraie question spirituelle ainsi que politique et sociale, une question de vie ou de mort…

    Bref, celui-ci est dans mon panthéon des livres ouvreurs de portes :)

    (pour rester chez la même auteure et continuer dans une fibre ouvertement fantasy/SF, j’avais lu quelques années plus tard l’intégralité de la Romance de Ténébreuse. On y retrouve de nombreux thèmes communs, beaucoup de créativité et de cohérence, sans cependant le souffle épique et avec un peu moins de parfum légendaire que pour les Dames du Lac. Bon, ça se lisait facilement :) )

  6. Petitefa le 25 juillet 2011
  7. Lucie>> C’est vrai que je n’ai pas remis cette lutte christianisme/ancien culte dans le contexte du livre. Ce combat était nouveau pour l’époque de la parution du livre. Rendons à MZB la primeur de cette nouveauté!
    Je n’ai pas encore eu le temps de relire le deuxième tome, mais dès que cela sera fait une petite chronique suivra.

    Fa>>Moi aussi cet aspect de la magie qui n’est plus seulement un tour de passe-passe mais une vraie interrogation spirituelle liée à la société m’a vraiment intéressé et interpellé. Au lieu d’ajouter un élément magique superficiel, la magie est ici un vrai thème de réflexion et donne une profondeur supplémentaire au récit.

  8. Clémence le 25 juillet 2011
  9. j’ai beaucoup aimé cette version féminine de la légende arthurienne…mais que ceux qui n’ont jamais lu le cycle de TENEBREUSE (20 et quelques volumes) s’y mettent,c’est tellement bien qu’après l’avoir lu plusieurs fois en 20 ans, je vais encore m’y replonger un de ces jours (à 67 ans)et je m’en délecte d’avance!..la grande Marion a écrit un chef-d’oeuvre!ah Ténébreuse et ses télépathes!…

  10. danielle courtel le 26 juillet 2011
  11. 20 volumes quand même!
    J’avoue que cela me rebute un peu même si c’est MZB!

  12. Clémence le 27 juillet 2011
  13. Plusieurs volumes peuvent se lire indépendamment, concernant Ténébreuse… pour ma part j’en avais un vol. (le 12, L’Etoile du danger) avant de réaliser que c’était tout un cycle. Et même là, j’ai lu dans le désordre : le tome 1, puis les tomes 13 et 14, puis retour au 3, saut au 15, etc. On sent une continuité niveau chronologique, et on retrouve d’un volume à l’autre des personnages qui ont vieilli de plusieurs années. Mais globalement, ça peut se lire dans le désordre sans trop de souci, donc je te conseille de ne pas te laisser impressionner par la longueur du cycle et d’y aller à ton rythme ;) (après, je n’ai pas encore lu la totalité de la série, donc ça ne se vérifie peut-être pas pour chaque tome ^^’)
    Sinon je rejoins Fa : je suis venue à MZB via les Dames du lac (là aussi j’ai fait dans le désordre, commençant par le Secret d’Avalon, tome 3, avant de lire les 2 premiers ^^ »). ça m’a tellement enchantée que j’ai exploré d’autres livres de la dame. Ténébreuse, j’aime beaucoup l’univers mais les tomes sont un peu inégaux et ça se répète parfois au niveau des intrigues. Il y a moins de force que dans les Dames du lac, mais ça se laisse lire avec plaisir tout de même ! :)

  14. Magali le 28 juillet 2011
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