Masky, Viviane Etrivert

par Magali

Masky, Viviane Etrivert

Moravie, fin 1599. Aux abords de Velky, dans le domaine d’Ostrov, Marie épouse Vaclav Vanek, fils de la veuve Léna. Le juge Michna, invité aux noces, est attaqué sur la route du retour par ce qui semble être un Appesart, un revenant. Il décède de ses blessures malgré les bons soins du médecin français installé à Velky, Jean Bonhomme. Alors que le mystère de cette mort n’est toujours pas résolu et qu’un moine-fantôme, ainsi qu’un loup à trois pattes, hantent la campagne, voici qu’un nouveau juge arrive. Et il est bien décidé à éradiquer toute sorcellerie. Malgré le danger, Léna, prêtresse de la Dame, se refuse à cesser la pratique des anciens rituels…

La Moravie est une région de l’actuelle République Tchèque. L’auteur de Masky s’est intéressée à cette région pour suivre les traces de Johannes Kepler, dont la mère fut accusée de sorcellerie. Viviane Etrivert a ainsi effectué cinq ans de recherches sur le sujet, voyageant en Moravie, se documentant sur les procès de sorcellerie de l’époque et, bien sûr, sur le folklore de la région ainsi que sur le folklore slave. Ces longues recherches, très poussées, ont donné naissance à un roman historique d’une grande qualité. Le personnage de Kepler fait d’ailleurs une petite apparition dans le livre, rappel du point de départ de l’auteur dans son inspiration.

Le lecteur est embarqué dès la première page au coeur de la Moravie de 1599. Que ce soit par les détails de la vie quotidienne et de ses fêtes, avec la noce de Marie en ouverture, ou les croyances et rites de la population, nous voilà immergés quelques siècles en arrière. Le folklore tchèque et slave est très présent : les habitants de Velky suivent des traditions ancestrales et dedek (lutin domestique), elfe, esprit humain prenant la forme d’un animal, déesse féminine et protectrice, et bien d’autres créatures féeriques traversent l’ouvrage de leur présence, de façon franche ou subtile. La touche de surnaturel, pourtant, se fait légère car le folklore est évoqué avec une telle force, une telle présence et un tel naturel, qu’il n’est pas besoin de grands effets pour découvrir les présences féeriques qui parcourent le récit. L’auteur nous présente les moraves et nous fait voir leur environnement par leurs yeux : cette belette, là, n’est-elle pas fée déguisée ? Et ce reflet dans la rivière, n’est-ce pas une rusalka ?

Outre le folklore morave et slave qui abonde, les procès de sorcellerie ont aussi la part belle. Ces derniers sont décrits avec véracité et, il faut bien le dire, sont d’autant plus choquants. Comment rester de glace face aux jugements émis sur le pauvre Hérisson ou sur Jana, servante de l’ancien juge ? Comment ne pas avoir envie de hurler et d’entrer dans le roman pour changer le déroulement des événements face aux tortures et exécutions, le tout basé sur des « preuves » tellement incroyables car complètement infondées et superstitieuses ? Comment ne pas avoir le coeur au bord des lèvres et les larmes aux yeux, devant le traitement inhumain réservé aux accusés ? Ces scènes de procès m’ont profondément remuée. D’autant plus que Viviane Etrivert a su rendre ses personnages attachants. Elle a su me plonger d’emblée dans l’histoire : j’ai tout d’abord frissonné pendant l’effrayant voyage du juge Michna, puis ai souri lors des chaleureuses noces de Marie et Vaclav. La plume de l’auteur, à la fois fluide et pétrie d’érudition, décrit avec talent visions, odeurs, goûts des plats et sons ambiants, emportant le lecteur au côté des habitants. L’humour est aussi présent, ici et là, dans une tournure de phrase, dans une farce d’un des personnages ou dans la redite continuelle du fantôme qui demande si son hurepieau lui sied bien.

L’ouvrage se termine par une postface de l’auteur qui apporte un éclairage complémentaire au roman, ainsi qu’un mini glossaire sur quelques unes des créatures et traditions folkloriques rencontrées au cours du récit.

Quant au titre du livre, qui ne m’avait guère séduite au premier abord (à l’inverse du résumé), il prend tout son sens au fur et à mesure de la lecture. Roman historique, roman empreint de folklore, roman fantastique, roman d’enquête et de procès de sorcellerie, Masky est aussi un roman où tout le monde se cache derrière des masques, que ce soit pour la nécessité de certains rites traditionnels ou pour officier certaines actions. Bonnes… ou mauvaises, voire maléfiques ! Sans compter les origines du mot « masque », que l’auteur rappelle dans sa postface, et qui se rattachent tant aux fantômes qu’aux sorcières, ces dames détentrices du savoir ancien.

Masky est véritablement le titre qu’il fallait à ce roman aux multiples facettes et qui séduira autant l’amateur de folklore et de fées, l’amateur d’Histoire ou le lecteur qui cherche, tout simplement, une lecture passionnante, rafraîchissante et dépaysante.

  • NOTATION
  • INFORMATIONS
    - Editions Argemmios, 2011, couverture souple
    - 326 pages
  • LIEN
    - Le site des éditions Argemmios : http://www.argemmios.com/

Publié le 28 janvier 2012

2 commentaires pour cet article :
  1. Pareillement en vibration sur l’esprit de folklore slave et de culture historique locale qu’anime ce roman, ça donne un bon plaisir de lecture !

  2. Hélène le 28 janvier 2012
  3. [...] en matière de lecture. Qu’il s’agisse des Débris du chaudron de Nathalie Dau, de Masky de Viviane Etrivert ou encore des anthologies parues dans la collection Périples mythologiques, [...]

  4. Sigiriya : le rocher du lion, Alain Delbe « Les histoires de Lullaby le 2 octobre 2012
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La Rédaction

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