Peter & Max, Bill Willingham

par Anne

Peter & Max, Bill Willingham

Il y a longtemps de cela, dans l’Allemagne des contes de fée…

La famille Piper, musiciens ambulants aux dons renommés, parcourt depuis des générations le grand royaume de Hesse à la rencontre de festivals où pratiquer son art de la flûte. Chaque année, elle fait halte à la riche ferme des Peep où elle donne un concert amical et profite d’une paisible soirée – ce genre de soirée où l’on sirote des bières en parlant du temps qui passe et des enfants qui grandissent. Mais cette année là, la traditionnelle visite tourne au plus terrifiant des cauchemars quand l’armée d’un adversaire inconnu envahie les comtés du royaume et réquisitionne la ferme des Peep. Pour tenter de sauver leurs vies, les deux familles commettent une grave erreur : s’enfuir dans les profondeurs d’une forêt où la guerre elle-même n’ose s’aventurer, avec l’espoir fou de rejoindre la ville de Hamelin, réputée imprenable. Dans le théâtre lugubre de La Forêt Noire, les deux familles seront les proies d’abominations qui se cachent non seulement au milieu des arbres mais aussi à l’intérieur du cœur de l’un d’entre eux. Après plusieurs mois d’errance, Peter Piper et son grand frère Max en ressortiront changés à tout jamais, et quand l’un pensera avoir trouvé la paix, l’autre mettra sa vengeance à exécution. Leur rivalité meurtrière parviendra des siècles plus tard aux portes de Fabletown, une étrange petite communauté  au cœur de New York où les personnages de nos contes de fée se sont réfugiés et vivent parmi nous…

Peter & Max est le premier roman pur attaché à l’univers de Fables. Et quel roman ! Dense et fort bien documenté, il ne fait pas que revisiter le Joueur de flûte de Hamelin mais le complète judicieusement et lui donne une dimension terrifiante de réalisme. Le célèbre conte du charmeur de rat n’est qu’un épisode de l’histoire des deux frères, histoire qui fait référence à de nombreux autres récits de la forêt allemande comme Hansel & Gretel pour ne citer que celui là. Elle emprunte aussi des personnages à la comptine Little Bo Peep que nous connaissons un peu moins en France.
Willingham fait montre d’une vraie âme de conteur dans ce volume ; son passage au roman se fait avec une fluidité et une maitrise parfaite notamment lorsqu’il s’agit de soigner la psychologie de ses personnages (plongée effroyable dans la psyché d’un monstre) ou d’opposer le Hamelin ancien et magique au Hamelin moderne et touristique (le mercantilisme tueur de légendes en prend, au passage, pour son grade). Pour se faire, Willingham opère un vas et viens constant entre le passé et le présent de ces personnages à l’existence longue, préférant ainsi établir un parallèle chapitré entre les deux trames plutôt que de les mêler dans une succession de flashback laborieux – choix narratif d’autant plus judicieux qu’il ménage un suspens assez intenable.
L’autre point positif est qu’une personne ne connaissant absolument rien à l’univers de Fables pourra comprendre absolument tout à Peter & Max, l’histoire se passant en marge totale des évènements de la série. Quant aux inconditionnels de Fables, ils auront la joie de découvrir le passé terrifiant des membres de la communauté qui ont le plus bénéficié de la Grande Amnistie !

Si la fin m’a semblé un peu brutale tellement la confrontation à laquelle on nous prépare depuis le début semble « expédiée », Peter & Max n’en est pas moins un très bon roman.  Mais, attention, il n’est pas pour les fillettes ! Il est violent, parfois « flippant », sans être dénué de poésie ou d’humour – mélange qui fait la force de la série. Mais il est surtout une déclaration d’amour à la musique et à son pouvoir salvateur ou dévastateur sur chacun de nous. En situant 80% de son action dans  les royaumes, il a totalement satisfait ma curiosité de découvrir la conquête par les troupes de l’adversaire et la vie dans les terres magiques sous sa domination.
Je garderais longtemps le souvenir du Hamelin invoqué par Willingham mais aussi celui, glaçant, d’une forêt plus noire que noire…

  • NOTATION
  • INFORMATIONS
    -Bill Willingham (texte), Steve Leialoha (illustrations).
    -Hard Cover, Vertigo DC Comics, octobre 2009.
    -380 pages environ.
    -En anglais, en import uniquement.

Publié le 16 janvier 2010

6 commentaires pour cet article :
  1. Je sais que j’ai beaucoup de choses à lire mais tu me tentes là ^^

  2. Clémence le 17 janvier 2010
  3. Ce roman est très tentant! ^^’ Ma PAL n’est pas prête de diminuer!

  4. Magali le 18 janvier 2010
  5. Tout pareil, ce bouquin ne va pas tarder à rejoindre mes étagères ! Si le roman est à la hauteur de la série, ça promet *_*

  6. Hélène le 29 janvier 2010
  7. Apparemment une traduction française devrait paraître en novembre – j’espère qu’elle sera bien faite!!

  8. Magali le 4 octobre 2010
  9. [...] novel et demi (le deuxième, Werewolves of the Heartland, étant retardé pour le moment), et un roman de qualité, Fables, la célèbre série de comics suivant les aventures de nos personnages de conte de fée, [...]

  10. Miroir, miroir : nouveautés au pays des contes de B. Willingham et J. Yolen | Fées Divers, la culture féerique le 20 août 2011
  11. Je l’ai terminé la semaine dernière! Malgré mon état de fatigue largement avancé je suis restée scotchée aux pages.
    J’aimais déjà beaucoup la thématique du joueur de flûte mais là j’ai vraiment été ravie et enchantée par ce roman. Le passage dans la Forêt Noire assez terrifiante, la découverte de Hamelin et des agissements de l’Adversaire dans les royaumes… Un bon moment de dépaysement.

  12. Clémence le 23 février 2012
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La Rédaction

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