Thomas le rimeur, Ellen Kushner

par Clémence

le rimeur

Voir les coups de coeurJe ne sais combien de fois j’ai pu lire Thomas le rimeur ; en français, en anglais dans son intégralité ou juste par petits bouts, éclaté… mais le motif de cet homme rencontrant la Reine des Elfes et vivant dans son royaume pendant plusieurs années, avant de revenir dans le monde avec la langue de Vérité reste gravé dans ma mémoire.
Issu du fertile terreau écossais, l’histoire du Rimeur traverse le temps et prend racine un peu plus profondément au treizième siècle, mais c’est en 2000 qu’il reprend vraiment vie avec le magnifique roman d’Ellen Kushner (réédité en 2002 chez Folio SF). Auteure et animatrice radio (Sound & Spirit) new-yorkaise, elle propose une réécriture sensible de la légende, empruntant la voix de différents personnages pour nous conter son histoire.

C’est avec Gavin, fermier écossais, que débute le récit. Empruntant le vocabulaire de cet homme de la campagne, E. Kushner installe le lecteur au cœur des landes écossaises, près du foyer rougeoyant où se content toutes les légendes. Ici Thomas est passé et s’est réchauffé, débarquant un soir de pluie dans la maisonnée, y trouvant chez le couple de paysans, l’hospitalité de véritables parents. Il n’a pas encore rencontré la Reine des Elfes et bien que possédant du talent pour conter, chanter et jouer de la harpe, ne connaît pas encore la renommée. Désinvolte et beau parleur, voilà le caractère du Rimeur. Le lecteur découvre, dans cette première partie,  la vie de Thomas et sa célébrité naissante, jusqu’au jour où il disparaît sans laisser de trace dans les Monts d’Eildon. Ici, le Rimeur prend lui-même la relève de la narration pour faire découvrir ce qui souvent reste caché et secondaire dans les contes et légendes : le Royaume des Elfes.
En croupe sur la monture féerique de la Reine il emprunte « une minuscule route d’ivoire serpentant à travers bois, champ et ruisseau pour grimper jusqu’à un château […] » et entrer ainsi sur les terres du Bon Peuple, qui offrent une vision luxuriante et abritent une population hétéroclite. Sous les yeux de Thomas la Cour se dévoile. Des intrigues se nouent et se dénouent et durant les sept années qu’il passe dans le royaume, il découvre et fait découvrir au lecteur, les us et coutumes de Féerie. Mais son retour dans le monde ne se fera pas sans mal. Car si la « langue de vérité » permet de voir l’avenir elle peut aussi provoquer la discorde. Cette nouvelle vie faite de devoirs et de mesures en toute chose nous est contée par Meg la femme de Gavin, tandis que la conclusion de ce roman poétique et envoutant est donnée à la femme du Rimeur.

Le talent et l’intelligence d’E. Kushner offrent, comme l’écrit Claudine Glot dans la préface : « une ballade écossaise savante et ingénue, mélancolique et cruelle, où alternent un air de danse et les lamentations des fleurs des forêts. On y entend le magique instrument des dieux celtes, la harpe qui fait rire, pleurer, dormir tour à tour, l’instrument guerrier qui peut tuer lors de batailles. On y sent courir le vent sur les collines enchantées. » L’auteure propose avec Thomas le Rimeur un véritable travail de réécriture et de folkloriste qui tout en préservant la légende originelle, lui donne un nouveau souffle aussi épique que poétique en donnant à voir ce qu’est la véritable Féerie.

  • NOTE
  • INFORMATIONS

- Texte de Ellen Kushner traduit de l’américain par Béatrice Vierne.
-Couverture souple, Hoëbeke.2000.
-361 pages
-Disponible aussi en format poche chez Folio SF

Publié le 12 février 2011

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La Rédaction

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